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La mission de la diaspora dans un monde en mutation

En juillet 2025, j’ai assisté à la Baptist World Alliance Conférence. Cet événement comptait plus de 4 000 baptistes qui provenaient de 138 pays. Nous avons participé à un formidable rassemblement.

J’ai particulièrement aimé un atelier animé par le révérend Darrell Jackson. Celui-ci dirige le Whitley College à Melbourne, en Australie. Je veux vous faire part de quelques pistes de réflexion intéressantes formulées par le professeur Jackson lors de son atelier intitulé « La mission de la diaspora dans un monde en mutation ».

Quels changements définissent ce moment de l’histoire? Ces derniers pourraient-ils contribuer à définir la manière dont l’Église accomplit sa mission? De tels changements peuvent-ils se traduire dans ce mouvement planétaire des personnes qui entrent au Canada et dans nos collectivités? Certaines personnes ont surnommé ce phénomène « l’époque de la migration ».

En 2024, le monde comptait 304 millions de migrants internationaux, soit une personne sur 27.

Les moteurs de ce mouvement comprennent le changement climatique, les conjonctures économiques, les conflits et la persécution.

Parmi les tentatives de résistance à ce mouvement figurent la construction de murs et de clôtures frontalières et la mise en œuvre de restrictions légales et politiques. Notons aussi la montée de diverses formes de patriotisme, y compris le nationalisme chrétien.

Remarquons cette ironie : plus nous tentons d’arrêter la migration, plus nous accentuons son pouvoir transformateur. À laquelle s’ajoute ce paradoxe. L’hostilité croissante envers les migrants et la résistance à la migration ne font que souligner les effets sans précédent et inarrêtables qu’elle exerce sur les collectivités, les sociétés et les nations de notre monde en mutation.

Repensons cette conversation

Alors, posons-nous cette autre question : « Et si nous nous posions les mauvaises questions sur la migration et la mission? »

Par tradition, nous avons eu tendance à poser la question suivante : « Comment pouvons-nous accomplir notre mission, puisque le monde change? »

La migration et la diaspora ne constituent pas des défis à surmonter. Nous devons plutôt être à l’aise avec l’éventualité qu’elles soient, en fait, des voies pour transformer notre manière d’accomplir la mission au Canada comme ailleurs.

Quatre dimensions de la mission auprès de la diaspora

  1. Mission auprès de la diaspora : « Venir à la rencontre des gens là où ils sont »

Lorsque nous parlons de « Mission auprès de la diaspora », nous abordons l’endroit où ils ont choisi de se rassembler, plutôt que celui de leur lieu de naissance. Fait étonnant, au Canada, la plupart de ces communautés n’entretiennent aucun rapport avec les congrégations qui s’investissent à suivre Jésus.

La géographie devient maintenant notre alliée. En ce moment même, dans certains quartiers de Los Angeles, vous pouvez atteindre plus de personnes iraniennes que dans la plupart des villes à l’échelle de l’Iran. Par ailleurs, à Melbourne, la communauté de la diaspora grecque demeure plus concentrée et accessible que dans de nombreuses régions de la Grèce elle-même.

Plus qu’une commodité, une occasion sans précédent s’offre à nous. Des membres de communautés tout entières demeurent souvent difficiles à atteindre dans leur pays d’origine. Maintenant devenus nos voisins, ils font leurs courses dans nos épiceries et envoient leurs enfants dans les écoles de notre voisinage.

Dans ce cas, vous ne vous présentez pas simplement muni d’un porte-voix et d’un traité. Faire preuve de sensibilité culturelle, loin d’être facultatif, devient essentiel. Ces communautés portent leur patrie dans leur cœur. Elles ressentent des émotions identitaires complexes, auxquelles s’entremêlent le déracinement et l’espoir.

L’établissement d’un pont passe par des relations authentiques. Ainsi qu’aller à la rencontre des gens là où ils se trouvent. Cultivez des liens d’un point de vue géographique, bien sûr, mais aussi culturel, émotionnel et spirituel. La mission de la diaspora ne consiste pas à conquérir de nouvelles terres. Elle inclut le fait de traverser la rue tout en étant animé d’un amour sincère. Elle implique que nous pénétrions dans le récit de quelqu’un d’autre.

La question n’est pas de savoir si une telle occasion se présentera. Elle se formule plutôt ainsi : sommes-nous prêts à traverser la rue?

  1. La mission au sein de la diaspora : « Vivre dans l’entre-deux »

Que se passe-t-il donc lorsque vous ne vous contentez pas de traverser la rue, mais que vous habitiez des deux côtés de cette rue en même temps? Cette mission s’effectue au sein de la diaspora.

Imaginez que chaque matin, vous vous réveillez comme si vous étiez de nationalité coréenne. Et tous les soirs, vous dormez en ayant une citoyenneté canadienne. Vous vous inclinez devant votre grand-mère et vous envoyez aussi des textos à vos amis de l’université. Vous connaissez le poids du han, ce concept distinctement coréen qui exprime une profonde tristesse. Vous vous expérimentez aussi la légèreté de l’optimisme canadien. Vous traduisez sans cesse, non seulement des langues, mais des univers tout entiers.

Telle est la réalité des communautés de la diaspora de deuxième et troisième génération. Une négociation identitaire constante oscille entre la préservation des traditions sacrées de vos parents et la saisie des nombreuses possibilités qu’offre votre nouveau pays d’accueil. Est-ce un fardeau ou un atout pour le ministère?

Eh bien, cette perspective biculturelle ne dilue pas l’Évangile. Elle révèle des dimensions du caractère de Dieu qui échappent aux communautés monoculturelles qui ne les voient pas.

Dans cet entre-deux, le ministère ne survient pas sans effort. Il transforme les âmes. Et parfois, les personnes qui ont appris à se sentir chez eux dans deux mondes demeurent les missionnaires les plus fructueux. Il ne suffit pas de vivre dans un tel écart, mais l’idéal consiste à mieux le combler de bien des manières.

  1. La mission avec la diaspora : « tendre à un partenariat dans un monde en mobilité »

Et si les missionnaires les plus efficaces à l’échelle mondiale d’aujourd’hui ne possédaient pas forcément un diplôme du séminaire? Et s’ils sont infirmiers ou infirmières?

Prenons une infirmière philippine qui habite à Dubaï. Elle rejoint sa famille par appel vidéo tous les dimanches. Elle lui envoie de l’argent tous les mois. Elle entretient des amitiés sur WhatsApp sur trois continents. Elle n’est pas seulement une immigrante; elle constitue un réseau transnational vivant qui respire.

Multipliez maintenant cela par des millions. Des infirmières philippines travaillent dans des hôpitaux partout dans le monde. Elles ne se contentent pas de transférer de l’argent d’une frontière à l’autre. Avec une véritable bienveillance, elles font évoluer des liens, des idées et des relations spirituelles.

Une infirmière prie avec un patient à Londres. Elle transmet ce besoin de prière à une Église aux Philippines. Ce besoin parvient à un groupe de prière à Singapour.

Les chrétiens de la diaspora créent de nouvelles stratégies missionnaires. Ils tirent parti des réseaux planétaires de manière telle que les missionnaires traditionnels éprouvent parfois du mal à reproduire.

Cette mission est durable. EIle n’entretient aucune dépendance au financement étranger. Ses liens s’étendent à l’échelle mondiale. Organique, elle demeure cependant délibérée. Professionnelle, elle demeure profondément personnelle.

Dans un monde où les personnes, les idées et l’influence se déplacent à la vitesse qu’offre la fibre optique, la mission avec la diaspora s’avère non seulement efficace, elle devient inévitable. Il ne s’agit pas ici de déterminer si nous nous associerons à ces réseaux de personnes de la diaspora. Nous devons nous demander si nous sommes prêts à suivre leur exemple, puisqu’ils changent déjà le monde. Un patient, une conversation, un lien à la fois.

  1. La mission comme la diaspora : « Un nouveau paradigme dans une ère de mobilité »

Et si la diaspora est la mission?

Il y a quatre mille ans, Dieu a dit à Abraham : « Va-t’en de ton pays, de ta patrie et de la maison de ton père […]. » rapporte Genèse 12.1 (Colombe). Il semble que la diaspora serve les desseins missionnaires de Dieu.

Ruth quitte Moab pour Bethléem. Daniel est exilé à Babylone. Paul parcourt sans relâche la Méditerranée. Ce modèle se distingue : le peuple de Dieu est en mouvement. La mobilité est la méthode.

La population chrétienne de la diaspora assure le démarrage de soixante-dix pour cent des nouvelles implantations d’Églises à l’échelle de l’Europe. Des pasteurs nigérians revitalisent des Églises vides à Londres. Des professionnels coréens implantent des Églises à Berlin. Des réfugiés congolais implantent des Églises à Bruxelles.

Ce n’est pas seulement un changement apporté à notre manière d’accomplir la mission. Ce phénomène révèle la véritable raison d’être originelle de la mission. Ni une exportation occidentale ni une spécialité professionnelle, elle demeure aussi naturelle que le mouvement humain en lui-même. Comme Jésus le dit dans Matthieu 28, où que vous soyez, faites des disciples. Où que vous soyez.

Dans un monde où vivent 304 millions de personnes en dehors de leur pays de naissance, la mission comme diaspora ne constitue pas l’avenir de l’évangélisation mondiale, mais bien une réalité actuelle.

« L’invitation de notre époque »

Nous revenons ainsi à nos questions de départ : « Comment accomplissons-nous la mission, parce que le monde change plutôt que d’exercer cette mission dans un monde en mutation? »

Autrement dit, ce constat nous oblige à réévaluer nos hypothèses.

Pourquoi imaginons-nous encore que la mission ne soit réduite principalement à une question de conquête, de destination ou qu’elle constitue une institution?

Qu’est-ce qui nous empêche de réinventer la mission pour en faire une conversation, un cheminement et à la considérer comme un mouvement?

  • Plutôt que d’une conquête, abordons la mission comme conversation

  • Plutôt que d’une destination, considérons la mission comme un cheminement

  • Plutôt que d’une institution, envisageons la mission comme un mouvement

Chacun d’entre nous peut facilement songer quelles étapes concrètes nous pouvons entreprendre ensuite :

1ere étape : Je vous encourage à voir les choses différemment.

                Considérez les communautés de la diaspora comme des partenaires de mission, plutôt que comme de simples cibles de mission.

2e étape : Je vous encourage à établir des liens délibérés.

                Établissez des relations au-delà des frontières culturelles et nationales dans votre propre communauté.

3e étape : Je vous encourage à entreprendre ce cheminement de manière délibérée. 

                Que vous traversiez la rue ou un océan, cultivez un esprit de mission.